Al-Anon face à l’alcoolisme

La revue Al‑Anon face à l’alcoolisme a été conçue pour faire connaître les Groupes Familiaux Al‑Anon aux familles et aux amis qui sont troublés par la consommation d’alcool d’une autre personne, et pour les familiariser avec la notion que l’alcoolisme et la consommation problématique d’alcool sont une maladie qui affecte tous les membres de la famille.

Ed Hughes, MPS, LICDC
(Maîtrise d’études professionnelles; Conseiller indépendant assermenté dans
le traitement des dépendances aux substances chimiques)
Portsmouth, Ohio

Lorsque je travaille avec les familles des alcooliques, je les éduque sur l’alcoolisme en tant que maladie, sur la façon dont celle-ci progresse, le processus de toucher le bas fond, l’impact de la maladie sur la famille, et la façon dont on peut s’en rétablir.

Le moment où la famille tente de changer sa façon de réagir au comportement de l’alcoolique finit toujours par arriver – mais ils réalisent alors que ce changement est beaucoup plus difficile qu’ils l’avaient anticipé.

La mère d’un alcoolique a partagé qu’elle avait pris la décision de refuser la prochaine demande d’argent de son fils, mais que quand le moment est arrivé, elle a été surprise de s’entendre accepter sa requête. Elle a confié qu’elle était consciente que son aide ne l’aidait pas du tout, qu’il utilisait l’argent pour se procurer de l’alcool, que sa promesse que « cela ne se reproduirait jamais plus » n’allait jamais être tenue, et qu’elle se sentirait mal après coup. En dépit de tout cela, elle lui donnait de l’argent.

Cela a été pour moi l’occasion de lui communiquer un mot qui, selon elle, ne s’appliquait qu’à l’alcoolique : impuissance. Je lui ai dit qu’elle était impuissante le moment venu de dire « non ». Elle a répondu par une question : « Si je suis impuissante, comment pourrais-je jamais dire « non » et cesser de lui faciliter la tâche? » Et ma réponse a été : « Al‑Anon est là pour cela; pour vous aider à faire ce qui est correct pour vous et votre fils. »

En trente-deux ans de carrière à fournir des services psychosociaux, j’ai vu des membres de la famille se tourner vers Al‑Anon afin de trouver de l’aide pour un membre de leur famille qui est toxicomane et qui ont au contraire trouvé de l’aide pour eux-mêmes.

L’alcoolisme se développe dans un environnement de secret et de honte. Al‑Anon est une influence puissante qui aide les familles à briser le silence tout en brisant le cycle de la honte qui encourage l’incompréhension et la réticence à demander de l’aide.

Pour certains membres de la famille, le fait d’entreprendre le rétablissement a amorcé des changements qui ont, de façon spectaculaire, changé le rôle qu’ils jouent dans la perpétuation de la maladie de l’alcoolisme de leur être cher, créant ainsi la motivation pour l’alcoolique de se rétablir. Malgré la consommation d’alcool continue de leur être cher, d’autres membres de la famille ont trouvé leur chemin vers le bonheur, la paix, et la sérénité.

En tant que professionnel spécialisé dans le traitement, je me rends compte que chaque personne qui est en voie de rétablissement transmet l’espoir et a le potentiel d’aider beaucoup d’autres personnes. L’impact qu’ont les membres Al‑Anon qui partagent leur histoire avec un nouveau venu dépasse de loin celui dont j’ai été témoin dans le cadre du traitement professionnel.

Dans Al‑Anon, je sais qu’ils recevront l’acceptation, l’amour, et l’orientation dont ils ont besoin.

Elizabeth Corsale, Thérapeute matrimonial et familial
San Francisco, Californie

Les compagnons et/ou membres de la famille des alcooliques demandent souvent : « Pourquoi devrais-je aller à une réunion? Ce n’est pas mon problème! » Pourtant, ils réalisent rapidement combien le problème de l’alcoolisme est également leur problème et combien celui-ci a affecté leur vie. Selon moi, Al‑Anon peut être un excellent supplément à la psychothérapie. Dans Al‑Anon, mes patients peuvent trouver du soutien et découvrent une nouvelle perspective offerte par des personnes qui souffrent également des conséquences des dépendances.

Al‑Anon est un programme qui aide indéniablement à rappeler aux membres de la famille que malgré tous leurs efforts, ils ne peuvent pas tout contrôler. Les Groupes Familiaux Al‑Anon appuient le processus visant à aider les individus à mettre l’accent sur eux-mêmes et sur leur propre vie.

Michael Yeager, B.A., LCDC, CAS
Houston, Texas

Je recommande Al-Anon à mes clients qui sont membres de la famille de personnes alcooliques.

Assister aux réunions Al-Anon est un supplément au « travail » effectué par les membres de la famille quand ils sont en thérapie.

Al-Anon s’avère également un programme postcure très efficace.

Al-Anon donne à ces gens l’occasion de mettre fin à l’isolement qu’ils s’imposent à eux-mêmes – un comportement acquis par un environnement familial affecté par les dépendances. Les membres Al-Anon s’entraident en partageant leurs nombreuses expériences de vie bouleversantes. Les discussions lors des réunions aident les membres à découvrir de nouveaux choix et cela leur permet de se sentir libres, flexibles, et énergiques.

Les bienfaits de la participation aux réunions Al-Anon sont évidents chez mes clients qui :

  • développent et fortifient leur force intérieure et leur estime de soi;
  • ressentent leurs émotions;
  • reconstruisent leur vie et en assument la responsabilité;
  • fixent des limites équilibrées;

La thérapie offre aux membres de la famille un environnement sécuritaire qui leur permet de mieux comprendre leurs tendances comportementales ou leurs croyances qui peuvent être limitantes. Ils ont accès à la thérapie de temps en temps, quand la situation devient difficile à gérer. Toutefois, Al-Anon est une fraternité de soutien pour une croissance et un développement qui dureront toute la vie.

Un entretien avec Cynthia Moreno-Tuohy, BSW, NCACII, SAP, Directrice générale, NAADAC, Association pour les professionnels spécialistes des dépendances, Alexandria, Virginie

Cet entretien est une adaptation de la série de balados d’Al-Anon Family Group Headquarters Inc. : First Steps to Recovery (Les premiers pas vers le rétablissement)

 


Question : Pourquoi est-il important que les membres de la famille des alcooliques reçoivent de l’aide?

Réponse : Que l’alcoolique reçoive un traitement ou maintienne la sobriété ou non, la famille doit progresser vers le rétablissement. Quand les membres de la famille reçoivent de l’aide et de l’information, ils sont capables de fournir un système de support et aider à construire un filet de protection à la maison pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Chaque membre de la famille devrait savoir qu’il y a de l’aide.

En tant que professionnels spécialistes des dépendances, notre protocole consiste en partie à observer ce qui se passe dans la famille. Nous ne voulons pas oublier la famille. Il est essentiel que les membres de la famille participent à la soirée d’information ou à un programme de traitement pour la famille, s’il y en a un au centre de traitement. On y parle également d’Al-Anon.

Si l’alcoolique est ou a été en traitement, il est important que la famille comprenne que le traitement ralentit la progression de la dépendance, mais ne la guérit pas. Le rétablissement est un processus quotidien et progressif, aussi bien pour les alcooliques que pour les membres de leur famille.

 

Question : Il n’est pas rare que les nouveaux venus dans Al-Anon s’interrogent sur ce qui a provoqué l’alcoolisme. Ils veulent identifier comment, quand, où et pourquoi leur être cher a « contracté » un problème de consommation d’alcool.

Réponse : Aujourd’hui, nous savons que la maladie de l’alcoolisme ou la toxicomanie sont génétiques et que nous verrons un transfert intergénérationnel des dépendances au sein des familles. Nous savons également que l’alcoolisme a des racines dans les causes environnementales telles que les comportements inappropriés, l’insuffisance parentale et les faibles compétences de communication au sein d’une famille au cours d’une ou plusieurs générations. De ce fait, le problème de la consommation d’alcool peut être une combinaison de l’inné (causes génétiques) et de l’acquis (causes environnementales, psychologiques, sociales, ou culturelles).

 

Question : Recommanderiez-vous que les conseillers et les thérapeutes dirigent les membres de la famille vers Al-Anon?

Réponse : Tout à fait! La première étape pour les membres de la famille est de comprendre qu’ils n’ont aucun pouvoir sur l’alcoolisme du buveur. Ils doivent apprendre quels problèmes et quels actes ils peuvent et ne peuvent pas ignorer. 

 

Question : Dans quelle mesure assister aux réunions Al-Anon est-il bénéfique aux membres de la famille?

Réponse : Lorsque la famille, ou toute personne proche du buveur commence dans le programme Al-Anon, ils doivent tout d’abord se concentrer sur eux-mêmes. Ensuite, ils peuvent commencer à apprendre certaines des techniques et meilleures façons d’approcher le membre de la famille qui est alcoolique. La famille commence à se rétablir et peut trouver le soutien dont elle a besoin en assistant aux réunions Al-Anon.

Joe Herzanek,
Conseiller et auteur spécialiste des dépendances
Boulder, Colorado

L’alcoolisme a des effets dévastateurs sur tous les membres de la famille. Il se peut qu’ils aient vu un être cher devenir un étranger. Ils se disent : « Comment cela est-il arrivé? Pourquoi ne l’avons-nous pas remarqué plus tôt? Sommes-nous en quelque sorte responsables? Comment pouvons-nous y mettre un terme? Pourquoi cette personne refuse-t-elle de nous écouter? Ne voit-elle pas ce qui se passe? La liste est longue. Grâce aux expériences partagées par les membres Al‑Anon lors des réunions et dans la documentation, les membres de la famille apprennent qu’ils ne sont pas responsables de l’alcoolisme. Lorsqu’ils comprennent cela, ils ressentent un certain soulagement. En assistant aux réunions Al‑Anon, mes clients gagnent de la clarté et de la tranquillité d’esprit. Cela leur permet d’agir de manière positive.

Al‑Anon est un supplément qui renforce l’information que je fournis à mes clients en ce qui concerne l’alcoolisme en tant que maladie. Assister aux réunions Al‑Anon les encourage. L’importance de ce point est indéniable.

Faire ce qui est mieux (ce qui veut parfois dire ne rien faire – mais permettre aux conséquences de se manifester) est souvent un véritable défi. Comme ils vivent avec une personne alcoolique, les membres Al‑Anon aident et jouent un rôle important parce qu’ils pensent de la même façon et partagent des expériences communes.

Ceux de mes clients qui assistent à des réunions Al‑Anon en viennent à comprendre qu’ils peuvent connaître la paix en dépit des mauvais choix de leurs êtres chers. Les membres de la famille apprennent que le rétablissement est un processus qui demande du temps, qu’ils ne sont pas seuls, et qu’ils peuvent trouver de l’aide à travers le programme Al‑Anon.

Gail Barker, LCPC
Conseillère pédagogique
Idaho

Nous avons eu notre réunion de groupe Alateen aujourd’hui et je dois vous dire combien je suis reconnaissante envers Alateen. Ce programme a fait une différence extraordinaire dans la vie de ces étudiants. Un grand nombre d’entre eux ont confié qu’ils s’entendent maintenant beaucoup mieux avec les membres de leur famille – aussi bien ceux qui boivent que ceux qui ne boivent pas. Je les entends souvent dire qu’Alateen est le seul endroit sécuritaire qu’ils ont dans leur vie : un endroit où ils peuvent librement dire ce qu’ils ont sur le cœur, où ils ne seront pas jugés, où les autres ne divulgueront pas ce qui se dit et ne se fâcheront pas contre eux.

Voir la transformation de ces étudiants est une chose formidable. D’adolescents complètement abattus, en colère et désespérés qui étaient aux prises avec les conséquences de l’alcoolisme au foyer, je les vois progressivement se transformer, ressentir et découvrir la paix, l’espoir et la force chez les autres et échanger de l’amour et de la joie. C’est un tel plaisir à voir! Alateen leur donne l’assurance et l’espoir qu’aucun conseiller ne serait capable de leur offrir. C’est un processus de groupe et un processus inspirant. Le fait d’avoir cette opportunité à l’école est formidable, puisque la plupart de ces enfants ne seraient pas en mesure de se rendre à une réunion en soirée dans la communauté. Leur vie de famille dans le contexte de l’alcoolisme est telle qu’ils ne seraient pas en mesure d’obtenir un moyen de transport la nuit ou se sentir libre de le faire.

Alateen est pour eux un endroit sécuritaire qui offre du soutien et de l’équilibre. Les enfants qui proviennent de familles affectées par l’alcoolisme ne savent pas ce qu’est l’équilibre, mais dans Alateen, ils apprennent à faire confiance. Cela modifie leur perspective, leur estime de soi, leurs notes à l’école, leurs relations amicales et familiales, leur confiance en soi, leur capacité à avoir de la considération envers autrui, leur patience, leur tranquillité d’esprit – et tant d’autres choses qu’ils ne trouveraient probablement nulle part ailleurs.

Lorsqu’ils déménagent ou passent dans le secondaire, les étudiants demandent si le programme Alateen sera disponible. Pour eux, c’est un filet de protection. Ils comptent sur le programme et je suis extrêmement reconnaissante que nous ayons été en mesure d’avoir Alateen dans tant d’autres écoles.

Je remercie les Guides de groupe Alateen qui viennent fidèlement chaque semaine. Les membres Alateen les estiment beaucoup. Ma gratitude envers le programme Alateen est immense! Je sais sans l’ombre d’un doute les changements que ce programme a apportés dans la vie de ces enfants – des changements et des outils qu’ils garderont avec eux et qui auront un effet positif sur leur vie entière.